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Boxe Chinoise à La Colle sur Loup

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Boxe Chinoise à La Colle sur Loup

La Boxe Chinoise nommée SANDA (qui se traduit par combat libre) ou encore parfois SANSHOU (mains libres) se veut être le mode d’affrontement sportif pour les pratiquants de KUNG FU WUSHU. Qui dit sportif dit règles imposées, techniques limitées, arbitrage, aire de combat déterminée et catégories de poids.

Cette discipline est assez récente puisque c’est au XXème siècle qu’elle est née au sein de l’armée Chinoise. En effet, après la première guerre mondiale, soucieux de se perfectionner dans l’art du combat rapproché, les militaires Chinois étudièrent les techniques de close combat de leurs alliés russes. Ainsi, le SAN SHOU puise non pas ses racines dans le riche patrimoine martial des anciennes boxes traditionnelles chinoises mais bien dans le SAMBO.

C’est sur cette base que se sont ensuite greffées quelques techniques de frappes, de saisies ou de projections issues du WUSHU ancien mais nous sommes cependant bien loin de retrouver l’essence et la subtilité des styles les plus aboutis. Le cadre « sportif » ne le permet d’ailleurs pas. Il faut rappeler qu’en 1928, un grand tournoi fut organisé à Nanjing dans le but d’opposer les experts des différents boxes Chinoises. Bien que furent imposées quelques règles censées assurer un minimum de sécurité aux participants, ce tournoi fut un carnage. La volonté des combattants de prouver la supériorité de leur école engendra un débordement d’agressivité et de violence. On ne put d’ailleurs pas désigner clairement un vainqueur. Les techniques de combat à mains nues qui avaient été façonnées en Chine depuis des siècles ne pouvaient laisser que peu de chances aux concurrents de sortir indemne de la moindre confrontation.

Après cet évènement, la pratique du combat « sportif » fut interdite en Chine durant plus de 20 ans. La révolution culturelle entraîna la perte quasi-totale du grand savoir faire ancestral de l’empire du milieu en matière de combat rapproché. Et c’est bien dommage car il faut rappeler que le close combat, par exemple, fut créé par le major britannique FAIRBAIRN sur les bases de ses propres observations des boxeurs Chinois et de leur formidable capacité à se défendre contre un ou plusieurs assaillants armés lors des combats urbains occasionnés par les guerres civiles contre les colonialistes occidentaux au tout début du XXème siècle . Ces prouesses martiales ont laissé une trace indélébile dans l’histoire et si le terrible épisode des cinquante cinq jours de Pékins porte aussi le nom de révolte des boxeurs, c’est en hommage à ces farouches guerriers Chinois qui, à mains nues, défièrent les militaires aux yeux ronds et leurs fusils.

Dans les années cinquante, certains soit disant Maîtres de boxes traditionnelles furent autorisés à se défier lors de combats réglementés sur ring. Voici les images d’un combat opposant l’école de la grue blanche à celle du Taijiquan :

Je vous laisse apprécier le lamentable spectacle. Vous conviendrez du fait que ces deux personnages sont incapables d’exprimer la moindre aptitude à mener un combat réel et encore moins à mettre en application un quelconque système de défense ou d’attaque en lien avec les principes revendiqués par leurs styles respectifs. C’est de la vulgaire bagarre. A cette époque, ceux qui détenaient encore un réel savoir martial avaient disparus : soit parce qu’ils avaient été exécutés, soit parce qu’ils se cachaient, soit parce qu’ils avaient quitté le pays.

Il fallut attendre les années 80 pour que naisse la discipline actuelle qui porte le nom de SANDA.

Le SANDA est donc un sport de combat qui propose à ses adeptes de s’affronter sur des plateformes matelassées de 8 mètres sur 8 aux moyens de techniques de frappes de poings, de pieds, de saisies et de projections limitées et réglementés. Les combattants sont protégés par des casques, des plastrons, des gants de boxe et souvent des protèges tibias. Bien que les fédérations de WUSHU tentent de présenter le SANDA comme l’application des techniques issues du KUNG FU WUSHU en combat sportif, il est évident que le seul détail qui relient cette discipline au passé martial Chinois est le fait que l’on s’affronte sur une plate forme et non un ring et qu’il y ait, comme dans les styles anciens,  quatre thèmes de travail technique : les frappes de pied et de poing, les saisies et les projections.

C’est tout !

Les techniques de poing sont celles de la boxe Anglaise avec une ou deux fantaisies en plus comme les revers par exemple, les techniques de jambes sont celle de la boxe Thaïlandaise, du full contact, ou de la boxe Française, les projections sont celles du Judo ou de la lutte et les saisies sont simplement celles que l’on peut arriver à faire avec des gants de boxe pour attraper l’adversaire afin de le projeter. Certains oseront prétendre que le SHUAI JIAO, l’art de la lutte chinoise et le CHIN NA, l’art des saisies et des luxations, font partie intégrante des enseignements du SANDA. Ces deux disciplines extrêmement subtiles sont construites sur le principe de la non opposition de sa propre force à celle de l’adversaire et nécessitent des années de pratique pour pouvoir être réellement appliquées en combat réel.  Le concept même du sport de combat impliquant une compétition et un désir de vaincre l’autre afin de montrer sa supériorité est une entrave à la mise en place des outils de transformation personnelle qui mènent à l’amoindrissement du pouvoir de l’ego. Cela entraine irrémédiablement une volonté d’opposer et d’imposer sa force à l’autre. C’est l’antithèse d’un enseignement martial traditionnel. La société actuelle fait l’apologie de la compétition. On oppose, on compare, on divise, on fragmente, il faut être le plus fort, le numéro un. On peut comprendre pourquoi le message de paix initialement insérer dans les Arts Martiaux est si difficilement perceptible pour les générations actuelles de pratiquants. D’ailleurs, comment pourrait-il l’être puisque ce n’est absolument pas l’argument de vente des clubs ou des fédérations. Pour avoir une autre idée de la situation des arts martiaux aujourd’hui, il n’y a qu’à comparer le JUDO actuel avec ce que son fondateur JIGORO KANO avait, à la base, voulu créer.

Si nous résumons ces lignes, nous arrivons à une conclusion : ce que nous nommons « WUSHU moderne » ne possède finalement que quelques liens avec ce qu’étaient les arts Martiaux Chinois avant 1910. Nous avons d’un côté des formes essentiellement gymniques et dénuées d’applications martiales réalistes et de l’autre côté un sport de combat inspiré du SAMBO militaire Russe. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait une incohérence flagrante au cœur même de ce qu’on nous présente aujourd’hui comme étant le KUNG FU WUSHU. En effet malgré le discours unificateur des fédérations, nous avons deux types très différents de pratiquant d’arts martiaux Chinois : les techniciens et les combattants. Ce n’est absolument pas le même monde. Ils ne fréquentent pas les mêmes entraînements, n’ont pas la même morphologie, n’ont pas le même état d’esprit et ils évoluent souvent dans des compétitions différentes et c’est finalement un mensonge de leur affirmer qu’ils pratiquent le même Art.

Pour un passionné de styles anciens, le SANDA n’est pourtant pas dénué d’intérêt car il offre un cadre sécurisé dans lequel il pourra s’exercer à mettre en place les notions subtiles de la non opposition et de l’emprunt de la force adverse. Le milieu de la compétition n’est pas le plus adapté à cet exercice périlleux mais, à l’entraînement, chaque école traditionnelle peut, grâce au SANDA,  mettre à l’épreuve sa richesse technique et ainsi retourner à l’origine de la création des principes mécaniques de chaque geste. De plus, le SANDA bénéficie aujourd’hui de multiples savoirs en matière de combat sportif puisqu’il est un mix de plusieurs disciplines pugilistes ou martiales. Il est ludique, et peut sans problème constituer une pratique de type loisir pour les enfants à conditions qu’il soit accompagné de l’enseignement des vertus martiales et des valeurs sportives. Enfin, et c’est essentiel pour un pratiquant d’Arts Martiaux, le SANDA s’est enrichi, au fil des années, des meilleures méthodes de formation en ce qui concerne la condition physique d’un combattant. C’est pour ces raisons que nous le pratiquons au sein de l’école WUDE et ce, afin de permettre à nos élèves de travailler la maîtrise d’eux même dans le cadre du combat libre. Nous avons également créé des modes d’affrontement parallèles et spécifiques offrant aux étudiants la possibilité d’exercer spécifiquement leurs techniques de lutte sans opposition ou uniquement leur techniques de mains, ou encore uniquement leurs techniques de pieds. Nous avons notre propre règlement lors des combats. Celui-ci oblige les combattants à effectuer un travail technique et souple, à ne pas rentrer dans la compétition et à ne pas tout miser sur la force musculaire. Il n’y a jamais de vainqueur ou de perdant dans nos cours lors des combats, il y a juste des leçons à tirer de ce qui se passe et nous faisons en sorte d’adopter dans notre « famille » les combattants intelligents, c’est-à-dire ceux qui incarnent les vertus martiales. Les autres ne restent pas longtemps.