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 » Itinéraire d’un professeur de KUNG FU WUSHU en France « 

« Itinéraire d’un professeur de KUNG FU WUSHU en France »

Interview de Brice AMIOT, professeur d’Arts Martiaux Chinois dans le sud de la France et auteur du livre « Esprit Martial ». Ce livre explique d’une manière simple et directe, les grands enseignements philosophiques et spirituels véhiculés, à l’origines, par les écoles Traditionnelles d’Arts Martiaux, qu’elles soient Chinoises ou Japonaises. A travers une très bonne analyse de la sagesse qui nous anime au cœur de la voie du Guerrier, Brice AMIOT nous propose de réintégrer l’Esprit Martial dans notre vie moderne pour plus de paix et de sérénité.

 

Brice, peux tu te présenter.

Je m’appelle Brice AMIOT, j’ai 42 ans, je pratique les Arts Martiaux depuis environ 35 ans. Etant jeune j’ai fait du Judo, de la boxe anglaise, du Kick Boxing, de l’Aikido, du Karate Shotokan et du Karate Shidokan avant de me spécialiser dans les Arts Martiaux Chinois que j’enseigne aujourd’hui depuis un peu plus de quinze ans.

Quels styles enseignes-tu ?

J’enseigne trois styles différents mais complémentaires : le WING CHUN, le SANDA qui n’est pas un style mais plutôt un mode d’affrontement sportif pour les pratiquants d’Arts Martiaux Chinois, et le TAIJIQUAN (Tai Chi Chuan).

Comment associes-tu ces trois disciplines ?

Les Arts Martiaux Chinois sont une seule et même école, il y a juste différentes façons de les aborder. On peut entrer dans le monde de ce que l’on nomme KUNG FU par différentes portes mais ces portes s’ouvrent finalement sur la même pièce. Les Arts Martiaux Chinois sont un seul et même concept en matière de théorie du combat, en matière de philosophie, en matière de principes mécaniques … Seuls l’approche technique, c’est-à-dire la forme, change, pas le fond.

Je me sers de trois approches qui semblent, au premier abord, différentes. Une approche traditionnelle plutôt percutante avec le WING CHUN, une approche plus douce mais tout aussi profonde avec le Taijiquan et une approche plus sportive avec le SANDA qui me permet de confronter mes élève à une certaine réalité du combat même si le SANDA en offre une dimension altérée nécessaire à la  sécurité des pratiquants.

Tu veux dire que tu te sers du SANDA pour amener tes élèves à tester la valeur de leur style ?

Effectivement, on sait tous que le SANDA n’a aucun lien avec les Arts Martiaux traditionnels Chinois. On essaye de nous faire croire le contraire mais cette discipline est née au sein de l’armée chinoise dans les années 30 en se calquant sur le SAMBO Russe. On y trouve de la boxe anglaise, des techniques de pieds issues de la boxe thaïlandaise ou du Karaté et des projections issues de la lutte, du Judo ou du Ju Jitsu. Les pratiquants de SANDA ne sont des Artistes Martiaux Chinois ni dans l’esprit, ni dans la technique. Ce sont des sportifs qui pratiquent un sport de combat avec un esprit de compétition et d’opposition. On est très loin du concept de base des Arts Martiaux Chinois. Mais ce constat n’est pas seulement propre aux KUNG FU, on voit ce phénomène dans tous les Arts Martiaux qui ont été « sportisés » au début du 19ème siècle.

Je me sers donc effectivement du cadre sécurisé qu’offre le SANDA pour amener mes élèves, une fois un registre technique classique maîtrisé, à s’exercer à comprendre cet élément qu’est le combat sportif et à appliquer l’ensemble des concepts Martiaux traditionnels que sont l’emploi de la force adverse, la non-opposition, la maîtrise des angles, du timing, des lois mécaniques du corps etc. Tous ces éléments qu’on trouve dans le Shuai Jiao, le Taijiquan, et le WING CHUN.

J’y ajoute également la finesse mécanique de la boxe anglaise, la puissance des techniques issues du Kick Boxing. Bref, toutes mes racines Martiales se retrouvent mêlées dans cette expression assez libre du combat, finalement. Mais cet exercice est surtout un prétexte pour rééduquer l’esprit de mes élèves et modifier leur comportement instinctif. J’insiste pour qu’il n’y ait pas d’esprit de compétition en eux mais un esprit de travail, de partage, de cordialité … Pratiquer les Arts Martiaux c’est, pour moi, expérimenter et maîtriser tout un ensemble de lois universelles afin de les intégrer. Le but de la pratique est de devenir un homme meilleur, non ?  C’est pour cela qu’on s’entraîne… Si les concepts mis en évidence par les Arts Martiaux ne sont pas appliqués dans la vie courante, quelle est l’utilité de la pratique ? Devenir un grand bagarreur ? Il n’y a pas besoin de franchir les portes d’un DOJO ou d’un KWAN pour apprendre à se battre. Je me demande d’ailleurs pourquoi les associations Martiales tiennent absolument à défendre une position face à l’émergence des systèmes de self-défense comme le Krav Maga. La quête d’un Artiste Martial est normalement bien plus profonde que le simple fait de pouvoir mener un combat et les armes qu’il est censé recevoir de ses professeurs peuvent lui être utiles dans sa vie de tous les jours dans bien des domaines autres que l’agression physique. Cela ne met pas en cause l’efficacité de certains styles, c’est juste que ce n’est pas, normalement l’objectif principal de l’apprentissage d’un Art Martial. Il ne peut donc pas y avoir de concurrence. Je ne comprends pas cette guerre actuelle entre les Arts Martiaux et les systèmes de self-défense. On ne fait pas la même chose et nous n’avons pas le même public.

C’est justement le sujet de ton livre n’est-ce pas ?

Oui, en effet, j’ai écrit ce livre (« Esprit Martial ») pour permettre principalement aux jeunes gens de comprendre la richesse des enseignements cachés derrière les Arts Martiaux Chinois. Mon livre parle de ce qui se perd par la pratique sportive. Pour être réellement fort, un pratiquant doit s’entraîner sur trois plans : le plan physique et technique bien entendu, mais également le plan mental et le plan spirituel. Si le premier plan constitue la matière de la majorité des clubs actuels, il n’en va pas de même pour les autres plans. Mon livre explique ce que sont ces deux autres dimensions et invite le lecteur à prendre conscience que les Arts Martiaux Chinois sont nés dans les temples et que le souhait de leurs créateurs, des moines, était avant tout, d’en faire des outils de développement personnel.

Comment s’organise ton enseignement ?

J’enseigne au sein d’une association que j’ai créée dans le sud de la France dans la commune de LA COLLE/LOUP près de Nice. Cette association se nomme WUDE, WUDE signifiant vertus Martiales. Nous avons des cours pratiquement tous les jours, nous commençons le lundi avec de la condition physique spécifique pour les combattants, puis nous enchaînons avec de la boxe Chinoise le mercredi et plus spécifiquement le travail des frappes (le pieds-poings), nous passons ensuite au WING CHUN le jeudi, au travail spécifique des saisies et des projections le vendredi puis enfin, le Taijiquan le samedi.

Peux-tu nous parler du WING CHUN que tu enseignes ?

Le WING CHUN que j’enseigne porte le nom « d’Art Of Chinese Close Combat » en hommage à la grande école de WING CHUN dont je suis originaire, c’est-à-dire la CLOSE RANGE COMBAT ACADEMY de Me Randy WILLIAMS. En effet, j’ai eu l’immense bonheur de devenir l’un des élèves direct Me Randy Williams dont je suis l’un des représentant en France actuellement. J’ai énormément appris à ses côtés durant plusieurs années jusqu’à ce qu’il lègue son école à son plus ancien élève Mario LOPEZ pour se consacrer à une grande carrière de criminologue. Je suis toujours membre de la CLOSE RANGE COMBAT ACADEMY et je soutiens cette organisation du mieux que je le peux en traduisant par exemple la majeure partie des textes de Randy WILLIAMS en Français mais mon parcours personnel, mon expérience d’Artiste Martial dans d’autres domaines que le WING CHUN et mes propres convictions en matière d’enseignement m’ont amené à créer ma propre école, ma propre vision de l’Art.

Tu n’as pas peur que les puristes crient à l’imposture ?

Pourquoi ? Je pense que tout Artiste doit, à un moment, se libérer de la structure qu’il a reçue pour exprimer pleinement ce qu’il est. Bien entendu, cette libération ne peut se faire qu’après de longues années d’étude de différents styles. Il faut de la maturité et de l’expérience, avoir eu plusieurs professeurs, avoir rencontré et travaillé avec de nombreux pratiquants. Un musicien par exemple doit maîtriser son instrument de musique, doit connaître le solfège, savoir faire ses gammes, être capable de jouer les morceaux d’autres musiciens et avoir joué dans un ou plusieurs groupes avant de pouvoir jouer sa propre musique, de pouvoir créer ses propres compositions, sinon l’Art n’évolue pas. Il doit apporter sa propre contribution au monde de la musique. C’est marrant comme il est facile de comprendre qu’on ne peut pas tous jouer la même musique ou peindre la même peinture alors que dans les Arts Martiaux, dès qu’il s’agit d’évolution, on crie au scandale. Depuis Bruce Lee, l’avenir des Arts Martiaux est dans la mixité des écoles et bon nombre de Maîtres de WING CHUN complètent leur style avec d’autres approches telles que le Ju Jitsu Brésilien par exemple. Randy WILLIAMS fut d’ailleurs l’un des premiers à créer un WING CHUN au sol et comme lui, je manifeste cette sorte d’audace créatrice pour revendiquer d’autres convictions dans d’autres domaines du combat.

Justement, tu parles de mixité martiale, que penses-tu du MMA ?

Comme dans toute chose, il y a du bon et du mauvais. Le MMA est né avec le JEET KUNE DO de Bruce Lee. C’était, à l’origine une philosophie, une absence totale de limite et de style dans le combat comme dans la pensée. Une expression libre de l’être à travers l’Art Martial, c’est ce dont nous parlions précédemment finalement.  50 ans plus tard, on voit naître des compétitions dans lesquelles plusieurs Artistes Martiaux venant de différents styles s’affrontent, opposent leurs connaissances et leur savoir-faire et on crée une école à partir de ce qui fonctionne. On dégage donc quatre disciplines majeures à maîtriser pour ces affrontements sportifs : la boxe anglaise, la boxe Thaïlandaise, la lutte et le Ju Jitsu Brésilien. Le MMA peut être formidable si l’esprit des Arts Martiaux y est intégralement greffé hors, on est loin du compte. On est trop souvent dans l’esprit du sport de combat véhiculé par les compétitions médiatisées faisant l’apologie de la violence. Qu’est-ce qu’on y voit : des bagarreurs, du manque de respect, un faible registre technique, et il faut le dire, de sinistres abrutis décérébrés qui n’ont qu’une envie, prouver leur force physique. Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça et j’ai eu l’opportunité de croiser des pratiquants de MMA intelligents qui avaient derrière eux, un lourd passé Martial.

Mais d’ailleurs, on parle de MMA et on a parlé de Krav Maga tout à l’heure. Ces deux disciplines sont à la mode mais si on regarde bien, les meilleurs pratiquant de MMA et de Krav Maga ont tous plusieurs années d’Arts Martiaux dans les jambes. Selon moi, seule la pratique assidue d’un Arts Martial est capable d’imposer cette rigueur de travail capable de transformer un Etre profondément que se soit dans la nature de ses gestes ou dans sa manière d’aborder la vie. On ne peut pas renier des centaines d’années d’expérience dans le domaine du combat rapproché sous prétexte que les temps changent. Bien sur il faut évoluer avec son temps mais à condition de tirer les enseignements du passé. Si certains professeurs d’Arts Martiaux rougissent de honte de leur Art millénaire devant des pratiques qui n’ont à peine que quelques années d’existence alors qu’ils se demandent ce qu’ils ont réellement à enseigner à leurs élèves. La richesse technique, culturelle et spirituelle des Arts Martiaux est inégalable et surement bien plus utile pour bâtir un monde meilleur qu’un ensemble de disciplines alimentant la violence et la haine. Mais bon, il en faut pour tous les goûts. Ce n’est finalement pas tant ces disciplines qui sont un problème, c’est plutôt la manière dont elles sont enseignées.

Quel est ton propre objectif en tant qu’enseignant justement ?

Je pense que les lecteurs l’auront compris, je défends les valeurs éducatives des Arts Martiaux Traditionnels et le développement de l’Etre par la pratique. A travers cette démarche, mon premier objectif est d’aider mes élèves à se réapproprier leur corps. Et oui, avant de parler de combat, de spiritualité ou d’énergie, il faut aller explorer la matière. Nous sommes dans un monde de matière et, pour y vivre, nous avons une enveloppe matérielle, le corps. Descendre dans le corps, en comprendre et surtout, en ressentir les lois physiques et mécaniques est un premier pas essentiel sur la voie de la puissance Martiale ainsi que sur celle de la santé et il s’agit, dans un premier temps, de saisir que ce corps, sensé être fait à l’image de l’Univers, dispose d’un centre où tout doit se réunir pour être redistribué en une seule unité. Cette introspection s’accompagne d’une rééducation générale posturale mais également d’un énorme travail de synchronisation gestuelle, de coordination mécanique, de relâchement musculaire à travers le mouvement, d’utilisation du souffle etc. Une fois cette étape franchie, mon second objectif est d’amener mes élèves à comprendre les concepts Martiaux Chinois, ce qu’ils exigent, ce qu’ils enseignent sur la nature humaine. Je les invite à travailler sans opposition, à s’adapter au caractère muable du combat et à tirer profit de toutes les forces en jeu. C’est loin d’être évident et peu sont ceux qui, aujourd’hui, acceptent de renoncer à la facilité d’utiliser la force mais lorsque certains font abstraction de leur ego et travaillent dur, nous observons chez eux une transformation radicale de leur conception de la vie car ils accèdent à la profonde dimension initiatique des Arts Martiaux, celle qui montre le fonctionnement des choses dans l’Univers. Une partie de ce qui rend le monde actuel malade est constituée par le fait que l’homme est de moins en moins connecté à sa nature profonde. Il s’identifie uniquement à ce qu’il pense, ce qu’il croit. Il ne se fie plus à ce qu’il ressent. Les Arts Martiaux sont un formidable outil de reconnexion et de stimulation des sensations. Ils nous enseignent à ressentir l’adversaire, à «l’écouter», à suivre ses mouvements en y adhérent et, de ce fait, à vivre le moment présent.

Enfin, mon ultime objectif à travers la réalisation des deux premiers, est de transmettre et de préserver l’esprit de ce que les Japonais nomment « BUDO» (WU TAO en Chinois : « Voie de la Guerre »). Je trouve ça extraordinairement beau qu’un homme entreprenne une quête de perfection et de réalisation de Soi. Cette quête Alchimique humaine me passionne et j’éprouve beaucoup de plaisir à partager cette passion avec des pratiquants intelligents qui aspirent à autre chose que de satisfaire leurs pulsions violentes.

Très bien, Brice, je pense que nos lecteurs peuvent déjà mieux comprendre ta philosophie et l’esprit de ton école WUDE. Veux-tu ajouter quelque chose ?

Et bien pour résumer un peu les choses, je suis persuadé que les Arts Martiaux Traditionnels peuvent voir leur esprit originel renaître afin de fournir aux hommes d’aujourd’hui de nouvelles bases de fonctionnement plus humaines et plus saines. Nombreux sont ceux qui, de plus en plus, en ont assez de vivre dans un Monde ou règnent l’injustice, la corruption, la compétition, le mépris de l’autre, l’égoïsme, la violence et la vulgarité. Ces êtres cherchent une échappatoire mais aussi une voie d’éveil. Ils veulent être mieux dans leur corps et dans leur tête. Les vieux enseignements de Bodhidharma sur la culture du corps, du souffle et de l’esprit véhiculés par toutes les écoles d’Arts Martiaux Traditionnels (et non sportives) sont de véritables trésors pour ceux d’entre-eux qui accepteront les sacrifices et les efforts que de telles disciplines exigent. Grâce à ces enseignements, chacun peut se réapproprier son pouvoir personnel, c’est-à-dire la maîtrise de son corps, de son esprit et de son énergie. C’est cela, à mon sens la véritable quête du Guerrier : maîtriser l’ego (celui à qui on s’identifie) pour récupérer le pouvoir qu’il nous a volé. Devenir un grand combattant n’a jamais été l’ultime objectif de l’Artiste Martial ! Cela peut devenir une conséquence sur la Voie Martiale, mais pas une finalité, loin de là. La finalité, c’est l’Eveil (SATORI en japonais, signifiant « compréhension ») qui découle de la maîtrise de Soi. Le SATORI est une expansion soudaine de la conscience qui nous amène à réaliser notre nature véritable, notre unité avec l’Univers, avec « le grand Tout ». Je suis convaincu de l’utilité actuelle de tels enseignements et je ne vois pas l’aspect constructif qui réside dans le fait d’apprendre les Arts de la guerre pour la guerre. Non, les Arts Martiaux Traditionnels enseignent l’Art de la guerre pour préserver la paix.

Brice, merci encore pour ton temps, je rappelle le titre de ton livre « Esprit Martial » qu’on trouve en vente sur le site de WUDE : wude-esprit-martial.com. Bonne continuation.

 Initialement publié sur BUDO News France.