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FEMMES & ARTS MARTIAUX

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FEMMES & ARTS MARTIAUX

FEMMES & ARTS MARTIAUX

 

Qu’il existe une journée mondiale de la femme peut paraître une bonne chose mais cela traduit bien un malaise. Si les femmes avaient le respect, la considération et l’égalité qu’elles méritent, cette journée n’existerait pas. En théorie, le milieu des Arts Martiaux devrait être exempt de tout problème lié à l’inégalité des sexes. Comme le dit la célèbre maxime énoncée par Gichin Funakoshi, « dans le Karate (ou, plus généralement, dans les Arts Martiaux), tout commence et se termine dans le REI (le respect, la courtoisie) ». Les élèves d’un Dojo digne de ce nom, hommes et femmes, doivent se considérer comme frères et sœurs. Un professeur est censé tenir le rôle de frère aîné et un Maître, celui de Père dans cette grande famille que constitue une école. Pour que l’harmonie règne au sein d’une communauté, il doit y avoir, comme dans la nature, un ordre et une place pour chacun. C’est dans ces conditions que l’épanouissement personnel peut naître de la pratique des Arts Martiaux car comment se réaliser dans un cadre ou la confiance ne règne pas ? Un Dojo se doit d’être hermétique à toute forme de jugement, de ségrégation et de sexisme car ce qu’on y apprend avant tout, c’est la tolérance et le respect ! Les hommes qui, face aux femmes, éprouveraient un sentiment de supériorité s’appuyant sur le paramètre de la seule force physique ont un sacré chemin à parcourir avant de comprendre l’esprit du guerrier car l’habileté qui fait d’un être humain un Artiste Martial accompli est de pouvoir vaincre sans force et même … d’être capable de vaincre sans combattre.
Mon parcours d’enseignant m’a amené à être le témoin des formidables mutations qu’un être pouvait développer par la pratique des Arts Martiaux. Les plus belles transformations se sont souvent opérées chez les femmes. Plus intuitives et plus sensibles, elles sont plus à même de comprendre les subtilités des Arts de la guerre. Le fait de ne pas pouvoir compter sur une trop facile utilisation de la force physique, elles se retrouvent nécessairement guidées vers une pratique authentique, sans tricherie. Mais ce qui me fascine le plus, c’est le bref « déclic » qui se met un jour en place dans le cœur et les yeux des pratiquantes assidues. Est-ce la soudaine prise de conscience qu’elles ont un vrai combat à mener si elles ne veulent pas devenir ce que la société moderne, dirigée majoritairement par des hommes, veut en faire ? Est-ce la confrontation avec la réalité des faits lorsqu’elles se retrouvent au prise avec des hommes qui ne sont pas prêts à leur rendre la vie facile ? Je ne saurai répondre mais ce moment est tellement brutal que, d’un jour à l’autre, la femme est transformée dans sa manière de regarder, de se tenir, de marcher, de travailler, de s’entraîner … Sans prévenir, la pratiquante est devenue Guerrière. Il va sans dire que c’est lorsqu’un contexte nécessite certaines compétences que celles-ci se développent rapidement chez les êtres vivants et, quoi qu’on en pense, notre monde actuel offre un contexte tristement propice à la formation d’un esprit combattant chez les femmes décidées à ne pas rentrer dans le moule. La preuve : il faut l’existence d’une journée de la femme pour que celle-ci ait l’opportunité de dénoncer les injustices dont elle fait l’objet.
Mais quand va-t-on enfin se réveiller et comprendre les enseignements de l’Univers ? Quand allons nous nous décider à saisir cette loi suprême qui met en évidence l’harmonie naturelle qui découle de l’équilibre entre les principes indissociables que sont le masculin et le féminin ? Sûrement le jour où cela rapportera de l’argent ! En attendant, continuons à tourner le dos à la nature jusqu’à perdre toute dignité. Une fois la dignité perdue, nous y laisserons la vie.
A toutes ces fabuleuses guerrières dont j’ai croisé la route, que les Arts Martiaux vivent en vous à jamais. Qu’ils vous rappellent qu’ils ont nourris les plus belles révoltes et qu’ils vous donnent le pouvoir de refuser la soumission, la vulgarité ou encore le mépris. Qu’ils ravivent dans vos yeux la puissance du regard d’un tigre décidé à aller au combat pour défendre sa vie. Qu’ils motivent vos plus grands projets et qu’ils vous donnent la force de ne jamais cesser de croire en vous.
A Hina, Christelle, Camille, Maëlle, Amélie, Julie, Valérie, Emilie, Cathy, Anne et les autres, par vos blessures, vos combats et vos victoires, vous m’avez appris bien plus que je n’ai pu le faire.

Brice AMIOT