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LES ARTS MARTIAUX TRADITIONNELS : UNE ECOLE DE LA VIE

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LES ARTS MARTIAUX TRADITIONNELS : UNE ECOLE DE LA VIE

POURQUOI LES ARTS MARTIAUX FORMENT UNE ECOLE DE LA VIE ?

Brice Amiot vous donne les 11 points de réponse.

  1. Parce qu’ils offrent un formidable laboratoire d’expériences pour celui qui souhaite intégrer la sagesse ancestrale Asiatique issue de l’observation de la nature et de ses lois.
    Les êtres bienveillants à l’origine de la conception des Arts Martiaux avaient compris une chose : les hommes se fichent de l’enseignement des anciens. Ils peuvent entendre une parole emplie de sagesse mais bien souvent, ils ne l’écoutent pas. Il semblerait qu’ils aient besoin des preuves (d’épreuves) nécessaires pour l’intégrer. La souffrance devient alors leur professeur. Combien d’enfants devront se brûler pour comprendre pourquoi on leur a répété de ne pas jouer avec le feu ?  Mais au fond, qu’est-ce que la sagesse si ce n’est le témoignage d’une expérience humaine faisant état d’une évidence quant au fonctionnement naturel des choses ? Les Arts Martiaux enseignent la sagesse par le moyen le plus direct possible : l’expérience. Par exemple, celui qui, dans le combat, ressent son corps heurter violemment le sol et fait face aux conséquences que cela implique, intègre rapidement la loi de la gravité ainsi que celle de l’équilibre. Ce qu’on lui apprendra à mettre en place pour jouer de ses lois pourra être appliqué dans tous les domaines de l’existence.
  2. Parce que la subtilité d’une initiation Martiale profonde, transmise au moyen de symboles, nous enseigne des savoirs spirituels d’une grande valeur: Dans les Arts Martiaux, le combat symbolise la vie et l’adversaire symbolise notre égo. L’objectif d’un Artiste Martial  n’est pas de détruire son adversaire mais bien de le maîtriser afin de rétablir la paix. En d’autres mots, la voie du guerrier consiste à chercher à maîtriser l’ego pour atteindre la paix intérieur. Cela nécessite un long travail et y arriver constitue l’objet de la pratique de l’Art.
  3. Parce que dans un combat comme dans la vie, tout change et se transforme perpétuellement: La vie nous enseigne que rien n’est immuable. Le combat n’est-il pas sans cesse changeant ? Ceux qui refuseront ce fait souffriront, surtout le jour ou ils se trouveront confrontés à la réalité des choses. Le combat comme la vie est un mouvement perpétuel et les Arts Martiaux nous enseignent à accepter ce mouvement sans le subir, c’est-à-dire à nous adapter, à le suivre tout en tirant profit des forces en jeu.
  4. Parce que dans un combat comme dans la vie, chaque action entraine une réaction: C’est un fait, chacune de nos actions entraîne des conséquences même si nous ne les voyons pas directement. Ce principe nous invite à être responsables de nos actes. Il nous invite également à être capables d’anticiper les choses. Il est fascinant de voir aujourd’hui le nombre de démonstrations de pseudos combattants, face à des partenaires consentants manifestant une absence totale de réaction face aux actions offensives. C’est un peu facile et totalement illusoire mais visuellement, c’est impressionnant car cela ressemble aux chorégraphies des films d’action. Mais la réalité est toute autre. Alors puisque cela ne semble pas être de l’ordre du bon sens pour tout le monde, écoutez bien ceci : votre blocage ou votre esquive entraînera un réarmement de l’attaque adverse, une saisie amènera votre adversaire à vouloir se dégager, une frappe entraînera une esquive, un blocage un déplacement ou un contre, c’est ainsi que cela fonctionne, c’est juste du bon sens. Provoquer, anticiper et prévoir les réactions naturelles d’un adversaire constituent toute la subtilité de la pratique des Arts de la Guerre. Si vous ne comprenez pas cela, lisez SUN TZU et étudiez le YI KING, vous en tirerez de nombreux enseignements à appliquer au jour le jour dans votre vie.
  5. Parce que les Arts Martiaux nous enseignent la loi de cause à effet: Puisque, pour les Artistes Martiaux, le combat symbolise la vie, les Dojos ou les Kwans, lieux où on étudie l’Art de la Guerre, sont donc également des lieux où l’on étudie l’Art de vivre. On y apprend à être respectueux des autres et de nous même, à être généreux, altruiste, humble, digne de confiance, courageux, persévérant, volontaire, patient ou encore loyal car dans la vie, on récolte toujours ce que l’on sème. Qui sème des graines de carottes récoltera des carottes. Qui sème des graines de haine, de mépris, d’intolérance, ou de méchanceté en récoltera également les fruits.
  6. Parce que leurs principes ont pour base les connaissances liées à l’interaction du YIN et du YANG: C’est ce qui amène les Arts Martiaux à rejeter l’opposition des forces. L’Artiste Martial est invité à ressentir que le YIN et le YANG sont indissociables. Ainsi, la flexion d’un muscle entraîne l’extension d’un autre, une partie du corps qui se retire en entraîne une autre vers l’avant, avancer d’un pas requière un appui en arrière etc. En intégrant ce principe, il sera aisé de prévoir les réactions naturelles d’un adversaire et d’accompagner les forces plutôt que de s’y opposer. Transposer cet entraînement dans la vie aura pour conséquence d’atténuer les principes de dualité et de séparation à travers lequel nous avons tendance à concevoir l’existence. Ainsi, nous deviendrons plus à même de reconnaître l’envers des choses que nous aimons comme nécessaire à leur existence car comment apprécier l’existence du jour si nous ne savons pas ce qu’est la nuit, comment prétendre aimer la chaleur si nous n’avons pas expérimenté le froid et comment savourer la paix lorsque nous n’avons pas connu la guerre. C‘est justement pour connaître la guerre que les Arts Martiaux existent. Une guerre éducative qui nous amène à comprendre la nécessité absolue « de garder la lame dans le fourreau ».
  7. Parce qu’ils forgent le corps, la tête et le cœur. La voie Martiale n’est pas facile mais quelle voie d’accomplissement peut prétendre l’être ? Un maître d’Arts Martiaux est une sorte de forgeron qui reçoit à lui différentes matières qu’il doit transformer en de magnifiques lames (l’âme). Parfois cette matière est simplement du minerai de fer (de faire) et tout est à faire, parfois cette matière est constituée de vieux morceaux de métal rouillés (et tout est à défaire pour pouvoir refaire). Par le feu (les efforts, l’exercice physique, les applications martiales, le combat, les encouragements et l’invitation à se dépasser…), l’air (le travail du souffle, les enseignements théoriques, l’étude des lois universelles, la culture de l’esprit …) et l’eau (le relâchement musculaire dans l’action, le travail de la souplesse du corps et de l’esprit, la fluidité de l’exécution technique, l’application des vertus martiales, le travail de la concentration, le travail de l’énergie interne, la régularité …) on fragmente la matière, ou, en d’autres mots, on casse les habitudes de vie et de pensées en en présentant d’autres. Ces dernières ont pour objectif de purifier la matière. Une fois purifiées, la matière doit être rassemblée et alignée.  C’est par la répétition des enseignements (le martellement qui donne cette forme parfaitement droite à la lame) qu’un assemblement cohérent apparait. Une fois la lame formée, elle sera polie, aiguisée, affutée dans les règles de l’Art, avec justesse et conscience. Plus on passera de temps à forger méticuleusement sa lame avec patience et persévérance, sans brûler les étapes, plus celle-ci sera solide, belle et tranchante. Lorsque le corps, l’esprit, le cœur et le mental de ses disciples sont purifiés, assemblés et alignés, le Maître a fini son œuvre.
  8. Parce qu’un guerrier digne de ce nom ne se considère jamais comme une victime. La vie est l’occasion d’un apprentissage constant. Elle ne veut qu’une chose, notre évolution. Chaque épreuve qu’elle propose nous invite à grandir. La pratique d’un Art Martial est similaire : elle peut paraître dure car elle nous enseigne à avancer humblement tout en cherchant la perfection dans tout ce que nous faisons mais nous apprend également que la perfection n’existe pas. Il n’y a alors jamais de fin à la pratique. De ce fait, l’adepte apprend à apprécier l’effort, le travail et la difficulté car ils sont synonymes de dépassement. Toute occasion de travailler sur Soi est bonne à prendre pour l’Artiste Martial. Dès lors, il s’emploie à refuser la notion d’échec et de défaite dans lesquels il ne verra qu’une occasion d’évoluer ou de devenir meilleurs. Il n’attribuera la cause de son malheur ni aux autres ni aux situations de la vie, mais il se responsabilisera et s’en remettra à son pouvoir de changer les choses. Il apprendra à accepter sans subir et tirera une leçon positive de chaque chose.
  9. Parce qu’ils enseignent les bases de relations sociales saines. En effet, l’humilité, la politesse, l’altruisme, la générosité et le respect qu’exigent les échanges au sein d’une salle de pratique sont les clés de relations sociales harmonieuses.
  10. Parce qu’ils nous permettent de nous réapproprier notre pouvoir personnel, c’est-à-dire la maîtrise de nos émotions, de nos réactions et de notre santé face aux évènements de la vie.
  11. Parce qu’ils nous invitent à être acteur de l’émergence d’un monde meilleur. Les valeurs qu’ils transmettent posent les fondements de l’Art de vivre en paix et en harmonie avec son environnement et ses semblables. L’esprit de compétition y est banni au profit de l’esprit d’équipe, un esprit constructif ou le partage et l’entraide sont au premier plan et ou la volonté de contribuer au bien être de chacun est une loi.

Pour toutes ces raisons, il est crucial de préserver ces Arts qui se perdent peu à peu, remplacés par les disciplines sportives d’inspiration martiale dans lesquelles on encourage toujours plus de violence, toujours plus de mépris de l’autre, toujours plus de compétition et d’opposition, toujours plus de paraître, de spectacle et d’illusion. Le monde effroyable que la société de consommation a construit est en train de chavirer. Les êtres faibles et dépendants qu’elle a engendrés sont en pleine souffrance. Le grand vide intérieur qu’ils éprouvent ne trouve aucun comblement qu’on puisse acheter avec de l’argent. Est-il trop tard pour revenir à l’essentiel ? Pour certains peut-être, mais pour d’autre (une minorité malheureusement) tout est encore possible à condition que la transmission soit assurée.

 Brice AMIOT – WUDE, Esprit Martial.