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Développement Personnel & Arts Martiaux

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Le développement personnel aux travers des Arts Martiaux

Chercher à se « développer » c’est chercher à améliorer tout notre potentiel humain. Ce terme renferme notre volonté de maîtriser des clés pour mieux vivre, c’est-à-dire vivre en harmonie avec soi-même, les autres et notre environnement. Il implique également un certain recul sur la vie et ses aléas. Si le développement est synonyme de connaissance, il est avant tout un dépouillement. Le dépouillement de ce que l’on croit savoir sur tout, y compris nous-même. Cette « déformation » passe par un long travail d’exploration et de reconquête de l’intégralité de l’être. C’est l’expérience qui prime.

Bien avant leur « sportisation », les Arts martiaux étaient de formidables outils de développement personnel. L’initié veillait à développer équitablement son corps et son esprit, son intellect et son ressenti, son amour de la matière et son intérêt pour l’invisible. L’équilibre des plans était gage de complétude.

Vous trouverez peut-être ici des sources d’inspiration et de motivation. Les documents présentés n’ont pour objectif que de réveiller et nourrir votre Esprit martial.
La Sagesse guerrière n’est pas propre à une seule culture, elle est universelle et revêtira, au fil de ces pages, différentes parures.

Les huit éléments de développement personnel, liés à la pratique de WING CHUN

« Le vide, c’est ce qui se trouve entre le YIN et le YANG ». Cette affirmation Taoïste nous enseigne que le symbole du YIN YANG nous présente la vacuité sous la forme d’un S. L’énergie circule dans la matière selon une courbe sinusoïdale. Nous pouvons en déduire que la circulation énergétique dans la matière est optimale dés lors qu’il y a harmonie entre les deux polarités indissociables. La vacuité, l’harmonie ou encore l’équilibre seraient donc intimement liés. On ne peut que le constater puisque les postures méditatives, par exemple, sont des symboles de symétrie. L’organisation des gestes issus des Arts Martiaux Chinois ne fait pas obstruction à la règle, bien au contraire. Chaque mouvement guerrier est exprimé en vu de favoriser la libre circulation du QI. Nous pouvons donc en déduire que la vacuité est un état favorable à la libre circulation de l’énergie dans la matière. Il n’est pas rare d’entendre certains Maîtres parler de leur discipline comme d’une « méditation en mouvement ». Mais concrètement, qu’est-ce que la vacuité si ce n’est la capacité à stopper les pensées de manière à se concentrer sur ce que l’on ressent. Dans la pratique des Arts Martiaux, on apprend à « être dans son corps plutôt que dans sa tête ». Une fois qu’une intention claire est émise, l’ensemble de l’Etre se met en mouvement afin d’offrir un canal idéal à l’énergie dont il dispose. Les réflexions, les analyses, les doutes, les peurs, les stratégies, les calculs, bref, tout ce qui découle d’une pensée viendra, au moment de l’action, parasiter la libre circulation de l’énergie. L’état de vacuité, dans le WING CHUN, nous permet dans un premier temps, de nous réapproprier notre enveloppe corporelle. Ensuite, elle permet au QI de circuler harmonieusement. La vacuité nous donne également les moyens de parvenir à l’unité corporelle dans le mouvement. Enfin, elle est la clé de la canalisation de l’énergie interne qui sera employée pour soutenir les différentes techniques du système. C’est pour toutes ces raisons que le développement des sensations, dans la pratique du WING CHUN, est primordial. Enfin, rappelons que la vacuité est le moyen d’être totalement connecté au moment présent. La pratique des formes, des applications martiales et enfin, celle du combat sont de formidables exercices de travail de l’état de vacuité.

L’immobilité est considérée comme une clé du développement de l’énergie interne. Elle permet à celle-ci de « couler » harmonieusement dans le DONE TINE. Première étape vers la maîtrise de soi, l’immobilité amène l’Etre à se calmer. Ainsi, l’esprit devient plus clair et la conscience est libérée. La meilleure image qui puisse exister pour démontrer l’intérêt du travail de l’immobilité est celle d’une bouteille transparente remplie aux trois quarts d’eau dans laquelle on introduit  une poignée de sable. Tant que la bouteille est agitée, l’eau reste trouble. Une fois immobile, le sable peut descendre lentement vers le fond de la bouteille et au bout de quelques temps, l’eau deviendra claire. Les Bouddhistes et les Taoïstes parlent encore aujourd’hui d’un esprit agité comme d’un esprit « boueux ». Par la méditation, les moines guerriers d’autre fois tentaient de clarifier leur esprit. L’un de leurs objectifs était de pouvoir trouver l’immobilité au cœur même du mouvement. Cela constituait l’objet de leur entraînement aux Arts Martiaux. Quelle plus formidable maîtrise de soi que d’atteindre la paix absolue au cœur de la guerre ? Pour les Artistes Martiaux, l’immobilité ne désigne donc pas seulement l’immobilité physique mais également la capacité à « rester froid sous le feu » afin de garder l’esprit clair dans l’exercice du combat. Un homme aveuglé par la colère, la haine, le désir de vaincre ou animé par la vengeance perd toute conscience et maîtrise de lui même. Un tel phénomène n’engendre rien d’autre que la destruction et le malheur. Un Artiste Martial est avant tout un défenseur de la paix et il ne sait que trop bien que la paix qu’il souhaite à l’extérieur ne peut émerger que si elle s’établit d’abord à l’intérieur de lui-même. C’est pour cette raison qu’il s’applique à rechercher « l’immobilité au cœur même du mouvement ».

L’énergie coule dans les méridiens comme l’eau coule dans une rivière. Comme nous l’avons vu précédemment, l’immobilité et la relaxation engendrée par la vacuité permettent au QI de s’écouler vers le bas du corps. Par l’entraînement régulier, cette sensation d’enracinement parfois accompagnée d’impressions de gonflement et de fourmillement des membres supérieurs ou  inférieurs s’accentue et s’installe de plus en plus vite au fil des séances de méditation, de maintien de la posture YI DJI KIM YEUNG MA ou de l’exécution du SIOU LIM TAO. Concentré sur son bas ventre, l’Artiste Martial y guide le QI afin de disposer d’une réserve abondante sur laquelle il pourra compter lors de l’exécution de ses techniques ou, tout simplement, pour maintenir un bon niveau de santé. Plus l’Artiste Martial s’applique à établir cet état de non agitation intérieur dans l’exercice de son Art et ce, par la maîtrise du rythme, du souffle, de la justesse technique favorisant le relâchement, par la concentration, la lucidité et la clarté d’esprit dont il fait preuve, plus il est à même de guider l’écoulement du QI dans le DONE TINE et de le rediriger ensuite vers les bras ou les jambes. Un professeur de WING CHUN n’hésitera pas à vous demander de « plomber » votre corps, vos coudes ou encore vos épaules dans l’exécution des divers éducatifs. Cela signifiera qu’il exige de vous une relaxation profonde qui amène la zone en question à retomber avec lourdeur. L’unité corporelle peut permettre à un corps relâché d’être projeté entièrement derrière une frappe. Pour visualiser un peu mieux le concept que nous venons d’exposer, je vous propose d’imaginer que vous disposez d’une grosse balle de plastique fin. Sa corpulence vous permet d’y emprisonner un oiseau. Celui-ci, terrifié d’être ainsi enfermé, s’agite frénétiquement heurtant les parois et entraînant la balle dans un roulement désordonné. Si vous souhaitiez faire rouler la balle sur une trajectoire rectiligne, cela serait impossible et la force avec laquelle vous pousseriez la balle serait parasitée par les mouvements de l’oiseau. Laissez à présent l’oiseau retrouver sa liberté et remplissez la balle à un tiers d’eau. L’eau s’écoule dans le fond de la balle et tant que cette dernière est immobile l’eau peut s’y accumuler tranquillement. La balle est ainsi plombée. Une balle remplie d’eau est plus difficile à déplacer qu’une balle remplie d’air. Une balle contenant un oiseau agité, elle, se déplace toute seule. Imaginez à présent que vous souhaitiez renouveler l’expérience de la poussée de la balle sur une trajectoire rectiligne. Cela serait possible à condition que la balle ne soit pas secouée préalablement. Imaginez maintenant que vous souhaitiez lancer la balle afin de percuter un mur. Toute l’eau serait projetée sur l’enveloppe de la balle. L’unité entière formée par la balle et l’eau viendrait frapper lourdement le mur. Envoyer le QI dans les membres à partir du DONE TINE pour soutenir les techniques revient à projeter l’eau accumulée dans le fond de la balle contre sa paroi afin d’obtenir une percussion lourde.

Ce qui fait d’un style Martial un style « Doux » c’est, dans un premier temps, le principe de non opposition directe à la force adverse prédominant dans son concept de base. C’est également, dans un second temps, un recours systématique à une force souple et élastique produite par un relâchement musculaire permettant aux membres d’agir davantage comme des fouets que comme des barres d’acier. Dans une interview réalisée au début de sa carrière cinématographique, Bruce Lee parlait d’une « barre d’acier » et d’une « chaine agrémentée d’une boule d’acier en son extrémité » pour décrire la différence entre la force dure et la force souple. Un membre, lorsqu’il se contracte, piège l’énergie en ses fibres. Cette énergie peut être simplement l’énergie locale déjà présente dans ce membre ou, dans une expression supérieure de l’ART, cela peut être l’énergie émise à partir du DONE TINE (bas ventre). Lorsque certains experts font la démonstration d’une casse de manche de bois sur leur avant-bras contracté après quelques exercices respiratoires, nous assistons à ce principe d’emprisonnement du QI.
Le WING CHUN utilise ce principe un peu différemment lorsque, par exemple, il a recours à une forte flexion articulaire du poignet avant une extension complète de la main lors d’une frappe ou d’un blocage. La flexion extrême piège la circulation énergétique l’espace d’un instant pour la libérer à l’impact.
C’est exactement comme créer un coude sur un tuyau d’arrosage en plastique. L’eau est stoppée et s’accumule avec pression derrière le coude. Lorsque d’un coup, on étire le tuyau, l’eau jaillit à la sortie avec puissance. Cette action se fait au cours d’un mouvement souple et relâché garantissant une bonne circulation et une abondance de QI. En somme, cela reviendrait à se servir du même tuyau comme d’un fouet : l’eau y serait vivement projetée vers la sortie, mais juste avant qu’elle soit expulsée, on placerait un coude à quelques centimètres en amont. Bien entendu, on déferait ce coude lorsque la pression de l’eau serait la plus forte, c’est-à-dire à l’extension complète du tuyau.
Ceci donne une « petite idée » de ce qu’est la force souple ou « douce » comme on dit dans le jargon des Arts Martiaux Chinois. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’utilisation de mouvements fluides, souples et relâchés est essentielle pour véhiculer le QI. Les contractions, par contre, sont essentielles pour le piéger. Un Artiste Martial initié doit donc savoir être « dur » lorsqu’il faut être dur et savoir être « doux/souple » lorsqu’il faut être doux. YIN YANG !
Bien entendu, cette conception souple du mouvement de combat ne peut-être mise qu’au service d’un style intelligent déterminé à céder, dévier, absorber et à emprunter la force adverse. La maîtrise des angles, et celle du timing seront les clés de l’application de la douceur. C’est en cela que réside toute la richesse des Arts Martiaux Chinois. C’est en cela qu’ils sont un art de transformation de l’être car pouvoir changer sa nature dualiste est une étape évolutive des plus décisives dans un cheminement spirituel. L’application de la force douce est un haut degré de la pratique des Arts Martiaux. Elle est rejetée par les vulgaires qui ne voient rien d’autre, dans les disciplines Guerrières, qu’un moyen d’assouvir leur besoin de violence et de supériorité. Chez ces êtres sous développés, qu’on ne pourrait confondre avec des Artistes Martiaux, le processus de destruction de l’autre prévaut sur celui de la construction de Soi. L’affirmation de la force brutale est facile et ne nécessite que peu d’enseignements. La subtilité d’un style doux demande bien plus de travail et surtout un travail sur le Soi car l’ego n’accepte pas la non opposition et ne sait pas employer la douceur contre la dureté. Au Japon, les Samouraïs avaient une expression pour parler de l’alliage harmonieux de la force et de la douceur : « Bushi no nasake » « la douceur du Guerrier », preuve que la compréhension de la loi du juste milieu entre les concepts opposés constitue, encore une fois, le plus haut raffinement de l’Art de la Guerre.

Par cet élément commence les quatre éléments de développement externe. La technique représente la manière concrète d’exprimer gestuellement le système et bien entendu, les concepts et principes sur lesquels celui-ci s’appuie. La technique s’assimile d’abord par une étude rigoureuse de schémas posturaux, de placements, d’alignements. On se plie à une organisation gestuelle bien précise, on s’applique à découvrir les clés de la coordination et de l’unité corporelle. Le corps devient un sujet d’investigation car il ne s’agit pas d’imiter un geste montré par le professeur, mais bien de sentir où ce geste prend naissance, d’où il puise sa force et comment il peut faire partie d’un ensemble d’éléments mécaniques associés les uns aux autres. Mais si la justesse du geste est importante, elle ne constitue pas, à elle seule, l’intégralité de l’expression technique. Une technique vide d’intention est une technique morte. J’emploie le terme « mort » dans son sens le plus littéral, c’est-à-dire « sans vie ». L’énergie qui produit la vie naît d’une intention. Sans intention, pas d’énergie. C’est là un enseignement des plus importants que nous lèguent les Arts Martiaux. Ils attirent notre conscience sur le fait qu’une intention claire doit être placée derrière chaque entreprise. Ce qu’il y a de pire pour un homme, c’est de vivre pour rien. « Rien » signifie ici « sans attention », « sans objectif de réalisation », « sans quête de vérité ». On dit des êtres qui vivent ainsi qu’ils sont « éteints ».
Un jour, un ethnologue français entreprit d’étudier le VAUDOU africain. Il interrogea un sorcier sur la véracité du mythe des morts-vivants. Le sorcier lui demanda alors s’il souhaitait voir d’authentiques morts-vivants. Bien entendu, le scientifique acquiesça. Alors le sorcier lui dit simplement de rentrer à Paris et  de se poster, un matin, devant la première sortie de métro qu’il trouverait. Il pourrait alors voir un grand nombre de morts-vivants.
Cette histoire vient appuyer le fait que les Arts Martiaux sont des disciplines visant à éveiller l’homme sur le sens de la vie. Par ce biais, l’homme découvre ses liens avec l’Univers qui l’entoure et s’emploi à devenir une PURE expression de ce qu’est un être vivant.
La technique requière donc une implication de l’Etre dans toute sa dimension.
Dans les Arts Martiaux, les étapes de l’acquisition technique sont conformes aux apprentissages Artistiques classiques. Si nous faisons une comparaison avec la musique, les techniques de combat sont comme les notes de musiques. Pour produire de belles notes, il faut d’abord connaître le fonctionnement de son instrument, savoir le tenir correctement et parfois, savoir l’accorder. Pour les Arts Martiaux cela est identique car l’instrument, c’est le corps. Il faut le préparer physiquement, savoir quelles en sont les lois mécaniques, comprendre et ressentir les notions d’équilibre, d’alignement, de relâchement et de contraction. Une fois « l’instrument corporelle » prêt, on peut commencer à émettre des sons (des gestes) pour petit à petit les ajuster en vue d’obtenir une note (un coup de poing, un coup de pied, une clé, une projection etc.) parfaite. Ce travail se fait seul. C’est un entraînement solitaire basé sur la répétition et l’enregistrement des sensations découlant de la justesse d’exécution. L’étape suivante, consiste à lier les techniques entre elles comme on lie les notes de musiques pour produire des gammes (les enchaînements classiques du système). On combine et on varie les rythmes, on s’entraîne à jouer de petits morceaux simples (les formes de base). Puis vient le moment où l’on peut jouer avec d’autres musiciens (les partenaires d’entraînement). On peut ainsi mettre en application nos savoirs acquis par les longues heures passées à répéter inlassablement les notes ou les techniques et comprendre les raisons de la rigueur exigée par chaque Art. Une mauvaise habitude posturale, un défaut gestuel, une erreur d’angulation et le système ne peut s’appliquer : ce que l’on fait ne marche pas.
Une fois ce stade maîtrisé, on peut passer à l’étude de morceaux de musique plus complexes (les formes supérieures) et se nourrir ainsi de l’expérience de ceux qui, avant nous, on utilisé la musique ou les Arts Martiaux comme support d’expression pour leur âme. Ces morceaux, d’abord joués seul, seront ensuite joués à plusieurs musiciens (les enchaînements codifiés supérieurs). Cette étape mènera à la dernière marche de l’apprentissage : la libération ou plutôt, l’expression technique libre, l’improvisation (le « bœuf »/le combat libre).
Lorsque la technique exprime la nature profonde de l’Etre, celui-ci a atteint la maîtrise totale de son Art. Lorsque l’Art passe librement à travers l’Artiste et qu’il traduit ce que l’Artiste est au fond de lui, un Maître est né.
Si je devais citer deux Etres célèbres ayant atteint cette pleine incarnation Artistique, je citerai bien entendu Bruce Lee mais également Mickael Jackson. Ces deux personnages s’étaient libérés de tout conditionnement pour devenir eux même leur propre Art. Si l’Artiste Martial doit comprendre une chose, c’est que la technique doit être une structure nécessaire à sa libération. En aucun cas cette structure doit devenir une prison.

La puissance, en WING CHUN, découlera d’un travail technique rigoureux. Tant que les rudiments mécaniques liés au système n’auront pas été compris et assimilés, il n’y aura pas d’expression de la puissance. Un élève débutant ne doit pas être trop pressé et, par ce fait, employer la force musculaire dans son travail technique car, nous l’avons vu, le style WING CHUN emploie une force souple et élastique. Nous avons également vu que cette force souple découlait d’une maîtrise de l’unité corporelle. Une tension musculaire prédominante parasite automatiquement la chaîne de tous les processus mécaniques qui permettent au corps de soutenir une technique entre celle-ci et le sol. Imaginez que vous ayez, entre vos mains, un petit tapis rectangulaire. Vous souhaitez le secouer pour en extraire la poussière. Vous aurez probablement instinctivement recours à un mouvement sec des bras qui aura pour effet de produire une onde (ou une vague) dans le tapis. Lorsque cette onde arrivera au bout du tapis, celui-ci claquera et la poussière jaillira de ses fibres. Pour le corps, c’est le même principe : l’unité corporelle peut être comparée à l’onde qui parcourt le tapis. Si je pose le tapis sur une table devant moi et que je place un énorme caillou sur le tapis, en le secouant, l’onde ne peut pas se propager et la force de secousse ne peut aboutir à l’extrémité du tapis. Voilà l’effet qu’auront les tentions musculaires parasites dans l’expression technique du système. Encore une fois la loi universelle absolue du YIN YANG fait autorité : « si tu veux être dur, apprends d’abord à être doux, si tu veux être fort, expérimente d’abord (avec humilité) la faiblesse ».
La puissance en WING CHUN découle donc d’un relâchement musculaire dans le mouvement. Lorsque le concept technique est maîtrisé dans cette dimension souple, avec la répétition, les sensations apparaissent. Le Bas ventre se révèle alors être le point de jonction et de transmission des forces. Il est évident qu’un appui musculaire pourra, à ce niveau, être ajouté au bout de l’expression souple afin de parvenir à l’harmonie des forces employées. L’équilibre entre le doux et le dur sera établi et la puissance explosive propre au WING CHUN naîtra naturellement avec un minimum de dépense énergétique.

Le timing représente la maîtrise du moment. L’angulation, que nous verrons prochainement, représente celle du placement. Il s’agit donc, pour toucher l’adversaire en utilisant sa propre force, d’être placé correctement au bon moment.  Nous pourrions bien entendu rajouter : « avec la bonne technique et à la bonne puissance » pour obtenir la description de ce que serait l’action idéale pour le combattant adepte du style WING CHUN, c’est-à-dire l’action unique qui mettrait tout de suite fin au combat.  Kenji Tokitsu, dans ses écrits sur l’Art ancestral du combat à mains nues, décrit admirablement ces notions en termes de rythme et de distance. Nous avons déjà comparé les Arts Martiaux à la musique et ici encore, celle-ci se révèle utile pour mettre en évidence l’importance du sens du rythme. Le rythme traduit une organisation cohérente, un ordre. Pour que des musiciens puissent jouer ensemble, il leur faut suivre le même rythme. Il y a des temps, des demi-temps, etc. L’harmonie s’installe dès lors qu’un rythme directeur ordonne l’ensemble des actions des membres d’un groupe de musiciens. Pour le combat, cela est similaire. Un combattant va orchestrer ses actions selon des temps. Au départ, un observateur lambda conclura qu’un combattant n’a pas de rythme régulier sur lequel il organise ses gestes et que l’on peut simplement dire qu’une technique représente un temps, deux techniques, deux temps et ainsi de suite. Mais un combattant expérimenté saura voir le rythme ailleurs que dans l’aboutissement des gestes. Comme nous l’avons déjà évoquée, le corps a ses lois mécaniques. Un mouvement puissant requiert une chaîne de processus naturels : appui, pivot, contre-pivot, déplacement d’un pied ou même des deux, balancement du buste … Tous ces processus sont synchronisés et ordonnés selon les lois mécaniques du corps humain. Ainsi, celui qui connait ces lois et qui sait comment celles-ci s’appliquent afin de produire des gestes Martiaux peut voir, chez son adversaire, le rythme des chaînes mécaniques et peut également les anticiper pour en casser l’ordre. Bien évidemment, c’est en apprenant le fonctionnement de son propre corps au cours de son entraînement personnel et solitaire qu’il posera les bases d’une telle maîtrise. Il lui faudra ensuite harmoniser son rythme d’exécution personnel des techniques de son système Martial avec celui d’un adversaire afin de le mettre en échec en empruntant sa force. On peut donc distinguer deux types de rythmes/de timing : celui que nous mettons en place pour exécuter nos techniques avec puissance et rapidité (le rythme individuel) et celui avec lequel nous harmonisons notre rythme individuel avec celui de l’adversaire pour utiliser sa force (le rythme d’application).
En d’autres mots, le rythme individuel représente la coordination des chaînes mécaniques du corps et des différentes techniques lors d’un enchaînement. Dans le WING CHUN, le mannequin de bois se révèle être, entre autres, un parfait correcteur du rythme individuel car il retranscrit justement la synchronisation des enchaînements gestuels d’une manière sonore et permet à un professeur de savoir si son élève applique les gestes du système au bon tempo, selon le bon angle et avec une puissance correcte.
Le rythme d’application (de nos techniques sur l’adversaire) représente la stratégie temporelle que nous employons pour déjouer le rythme individuel de l’adversaire. Celle-ci peut avoir plusieurs visages et nous pouvons distinguer plusieurs types de rythmes d’application selon les situations qu’offre le combat. Puisque nous cherchons à utiliser la force de l’adversaire, il faudra que celui-ci s’engage afin que nous appliquions notre rythme. Dès qu’il s’engage, l’adversaire crée une « ouverture » que l’on nomme « porte » en WING CHUN. L’ouverture est donc une occasion d’utiliser la force adverse. Un coup de poing, par exemple, est une porte qui s’ouvre dès lors qu’il est initié. La porte est complètement ouverte à l’aboutissement de la technique et se referme lorsque le poing revient dans sa position initiale. Le combattant de WING CHUN pourra exploiter la force adverse à tout moment, entre l’engagement de ce coup de poing et sa rétractation complète. Les différents types de rythmes d’application feront l’objet d’une étude approfondie au cours de l’apprentissage détaillé du SIOU LIM TAO.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, l’angulation représente le placement : comment je me place, comment je place mes gestes, comment je me place par rapport à l’adversaire, comment je place mes gestes par rapport aux siens … Cette notion de placement s’applique donc tout d’abord à soi-même avant de s’appliquer à l’adversaire. Dès les premières étapes de l’étude du WING CHUN, nous sommes invités à exécuter parfaitement les techniques selon des repères précis en respectant des angles de flexion ou d’application. L’ensemble de ces détails constituent ce que l’on nomme la structure personnelle. Une fois la structure personnelle parfaitement comprise et intégrée dans les déplacements et les différentes techniques, celle-ci peut être appliquée sur un partenaire d’entraînement dans un premier temps, puis sur un adversaire dans un second temps. Si des erreurs sont véhiculées au sein de la structure personnelle, le système ne pourra s’appliquer/fonctionner correctement. Pour bien expliquer la logique de l’apprentissage martial, je vais parler de la natation. Lorsque vous apprenez à nager, on vous enseigne d’abord un type de nage précis (la brasse par exemple) en dehors de l’élément d’application : l’eau. Sur le bord de la piscine ou de la plage, le professeur vous expose les éléments devant constituer votre structure personnelle, c’est-à-dire la manière de vous positionner, les gestes, leur amplitude, leur angle de pénétration, la façon de sortir et de rentrer la tête dans l’eau, etc.
Tout cela, vous vous entraînez à le répéter hors de l’eau, histoire de savoir à peu prés quoi faire une fois que vous vous y retrouverez. Toutes les informations qu’on vous donne ont une logique, un sens mais elles restent de l’ordre de la théorie. Tant que vous n’avez pas mis les pieds dans l’eau, ce savoir reste abstrait mais son importance est de taille puisqu’une fois appliqué dans l’élément principal, il vous permettra de pouvoir nager. Dans les Arts Martiaux, l’élément dans lequel va devoir s’appliquer votre structure personnelle, c’est le combat. Un nageur va comprendre réellement la valeur de sa structure personnelle dans l’eau puisque c’est là qu’elle prendra tout son sens. Un Artiste Martial fera de même. Chaque détail de son système pourra alors être ressenti et affiné grâce à ses expériences de combattant.
Il faut à présent rappeler l’objectif initial de la nage qui est, selon moi, de pouvoir survivre si on en vient à tomber à l’eau, en piscine comme en pleine mer lors d’une tempête. Pour moi, l’objectif initial de la nage n’était pas de remporter une compétition de nage. Similairement, l’objectif initial de l’apprentissage des Arts Martiaux n’était pas de faire de la compétition sportive mais bien de pouvoir survivre à l’attaque d’un assaillant décidé à nuire à notre intégrité physique. Du coup, les applications Martiales avec partenaire seraient comme nager dans une piscine : pas de vagues, un bord à proximité, un périmètre sécurisé, parfois même un surveillant … La mer déchaînée, elle, représente le combat libre. Un système de combat digne de ce nom doit pouvoir s’appliquer dans tous les contextes et un Artistes Martial digne de ce nom doit avoir fait l’expérience du combat réel afin de comprendre cet élément dans sa forme la plus extrême. Sinon, il aura vite fait de vivre dans un mensonge en oubliant peu à peu ce qu’est la réalité du combat. Beaucoup d’Artistes Martiaux « nagent sur le bord de la piscine ». A cause de cela, les systèmes se perdent. Combien d’Artistes Martiaux sont incapables d’appliquer leur système en combat ? Le confort du bord de la piscine les maintient dans l’illusion et dans une interprétation erronée des enseignements originels.
Nombreuses sont les notions angulaires dans le WING CHUN. Elles ont toutes leur raison d’être. Que nous parlions d’angle de confort, d’angle de coupe YANG et YIN ou encore d’angle d’interception, le résultat de leur application devra produire, dans les échanges conventionnés comme dans le combat libre, les effets recherchés : déviation, absorption de la force adverse, pénétration dans la garde adverse, attaque et défense simultanée …
Comme l’océan, le combat libre est un élément vivant. Tout y est perpétuellement en mouvement. Tout y est constamment changeant. Seul celui qui sera capable d’appliquer les rouages de son système Martial nécessitant la maîtrise de son corps et de son esprit au cœur même d’une tempête ou, plus précisément, de la guerre pourra être considéré comme étant un Maître. Mais comme le disent les maximes du WING CHUN, « beaucoup connaissent le système mais ceux qui le maîtrisent sont rares ».

Développement personnel